2015-09-06

Air Bel


Villa Air Bel 1940
http://villaairbel1940.fr/

Même la villa Air-Bel n'est plus ce quelle était : elle est devenue étrangement silencieuse et compassée. Après le départ d'André [Breton] pour la Martinique, j'ai pris sa chambre au premier. Il reste encore quelques uns de ses curieux collages en papier coloré sur le côté de l'embrasure de la fenêtre et sur l'une des portes ; et quelques uns de ses coquillages et de ses papillons sur la cheminée. Mais c'est tout ce qui reste de lui, ça et le souvenir de son rire. Les surréalistes viendront encore un peu à la villa, mais ils semblent avoir perdu leur chef ; et, après un certain temps de malaise, ils repartent. Les jours des jeux et des concours de dessin sont finis. Parfois, dans cette vieille maison qui a l'allure d'une grange, j'ai l'impression d'habiter dans un tableau de Jacques Louis David.
Varian Fry, Livrer sur demande..., traduit de l'anglais par Edith Ochs, Agone, 2008

Even the Villa Air-Bel was no longer what it had been: it was strangely solemn and silent now. After he left for Martinique, I moved up to Andre's room on the top floor. There were still some of his queer colored-paper cutouts on the sides of the window recess and the inside of one of the doors, and a few of his shells and butterflies on the mantel. But that was all that was left of him, that, and the memory of his laughter. The Surrealists came up to the house a few more times, but they seemed lost without their leader, and, after a few awkward hours, they went away again. The days of the games and drawing competitions were over. Sometimes, in that barnlike old house, I felt as though I were living in a painting by Louis David.
Varian Fry, Surrender on demand, 1945