2014-11-13

Opium

Je n'aime pas dormir quand ta figure habite,
La nuit, contre mon cou ;
Car je pense à la mort laquelle vient trop vite,
Nous endormir beaucoup.

Je mourrai, tu vivras et c'est ce qui m'éveille !
Est-il une autre peur ?
Un jour ne plus entendre auprès de mon oreille
Ton haleine et ton coeur
...
Il me serait bien doux de déranger ton rêve,
De l'habiter longtemps.
Alors je tremblerais que le soleil se lève
Et t'ouvre à deux battants.
...
Il nous faut dépêcher, ne perdons pas de temps, 
Ne nous imposons point de repos ni de jeûne. 
Dans quelques jours d'ici tu seras encore jeune. 
Je ne le serai plus. Je viens d'avoir trente ans.
Hélas ! vais-je à présent me plaindre dans ces stances
Et voir, près de Charon,
La mort, indifférente à telles circonstances
Qui la décideront.

Elle vit. Elle attend. Ce n'est pas dans son rôle
De choisir notre port.
Ce détail est pour elle un simple coup d'épaule
Que lui donne le sort.

Rien ne sert de prier cette vieille statue,
De savoir ses desseins ;
Car ce n'est pas la mort elle-même qui tue,
Elle a ses assassins.