2014-05-17

Meriam Yahia Ibrahim Ishag

Au Soudan, une femme condamnée à mort pour apostasie
Le Monde.fr | 15.05.2014 à 11h45 • Mis à jour le 15.05.2014 à 15h20

Un tribunal de Khartoum a condamné, jeudi 15 mai, une chrétienne soudanaise de 27 ans à la peine de mort pour apostasie - l'abandon public et volontaire d'une religion - et ce malgré les appels d'ambassades occidentales à un respect de sa liberté religieuse. La jeune femme, enceinte de huit mois, est actuellement détenue avec son fils de 20 mois, selon Amnesty International, qui a demandé sa libération immédiate.
« Nous vous avions donné trois jours pour abjurer votre foi mais vous avez insisté pour ne pas revenir vers l'islam. Je vous condamne à la peine de mort par pendaison », a déclaré le juge, Abbas Mohammed Al-Khalifa, s'adressant à la femme avec le nom de famille de son père, un musulman.
Meriam Yahia Ibrahim Ishag - son nom chrétien - a également été condamnée à cent coups de fouet pour « adultère ». A l'énoncé du verdict, la jeune femme est restée impassible. Auparavant, au cours de l'audience, après une longue intervention d'un chef religieux musulman qui a cherché à la convaincre, elle avait dit calmement au juge : « Je suis chrétienne et je n'ai jamais fait acte d'apostasie ».
Une cinquantaine de personnes ont manifesté contre le verdict dans les rues de la capitale soudanaise, portant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Non à l'exécution de Meriam », « Les droits religieux sont un droit constitutionnel », selon l'AFP. Un manifestant a indiqué, en s'adressant au rassemblement de soutien, qu'ils poursuivraient leur mouvement de protestation avec des sit-ins jusqu'à ce que la jeune femme soit libérée.

UN DROIT INSCRIT DANS LA CONSTITUTION SOUDANAISE
Mardi, les ambassades des Etats-unis, du Canada, de Grande-Bretagne et des Pays-Bas avaient exprimé leur « vive inquiétude » à propos du cas de cette Soudanaise. « Nous appelons le gouvernement du Soudan à respecter le droit à la liberté de religion, notamment le droit à changer de foi ou de croyances », indiquaient-elles dans un communiqué conjoint.
Ce droit est stipulé dans la Constitution intérimaire soudanaise de 2005 ainsi que dans les textes internationaux sur la défense des droits de l'homme, ajoutaient les chancelleries, exhortant les autorités judiciaires à gérer le cas de Mme Ishag « avec compassion ».
Selon Amnesty International, Mme Ishag a été élevée en tant que chrétienne orthodoxe, la religion de sa mère, car son père, un musulman, fut absent pendant son enfance. Elle s'est ensuite mariée avec un chrétien du Soudan du Sud. L'accusation d'« adultère » repose sur son mariage avec un chrétien, a indiqué l'ONG, ajoutant que selon la loi islamique en vigueur au Soudan, une femme musulmane ne peut épouser un homme d'une autre religion.
Le ministre soudanais de l'information, Ahmed Bilal Osmane, a démenti toute oppression des chrétiens du Soudan. « Nous vivons ensemble depuis des siècles », a-t-il affirmé à l'AFP. Le régime islamiste soudanais a introduit la charia en 1983 mais les condamnations à mort sont rares.