2013-06-12

Don't go there

La Douma russe s'attaque au blasphème  et à la "propagande homosexuelle"

Par Pierre Avril, 12/06/2013

Deux lois ont été votées mardi à la quasi-unanimité. Elles sanctionnent les actes "antireligieux", comme ceux des Pussy Riots, et, au nom de la défense de la famille, tout "prosélytisme" gay.

Le fait de porter atteinte aux sentiments religieux des croyants et de promouvoir l'homosexualité sera désormais sévèrement puni par la loi russe. Mardi, la Douma a définitivement adopté, quasiment à l'unanimité, deux projets de loi controversés qui, bien que distincts, témoignent du spectaculaire tour de vis opéré par le régime sur la société civile.
Le premier prévoit d'infliger une amende maximale de 500.000 roubles (11.600 euros) ou un an de prison aux personnes "menant une action publique qui témoigne d'un évident manque de respect envers la société dans le but d'offenser les sentiments religieux des croyants". Si l'offense est commise dans une église, à l'instar des Pussy Riots, la peine de prison pourra atteindre trois ans. Toute "profanation intentionnelle de littérature religieuse et d'objets de culte", comme le fait "d'empêcher illégalement l'activité religieuse…", sera également punie. Les députés ont décidé de quadrupler le montant de l'amende (7000 euros) prévue dans ce dernier cas de figure.
Quelques minutes plus tard, les parlementaires enchaînaient avec le vote d'un second texte destiné, cette fois, à punir toute forme de "propagande" homosexuelle "auprès des mineurs". Lors de cette dernière lecture, le terme "homosexuel" a été remplacé par celui, plus "pudique", de "relations sexuelles non traditionnelles", mais les sanctions, elles, ont été renforcées. Les amendes s'échelonnent de 4000 roubles pour le citoyen lambda (environ 100 euros) jusqu'à 1 million (23.000 euros) s'agissant d'entités juridiques, soit un doublement des amendes prévues lors de la première lecture. Les sociétés susceptibles d'être incriminées peuvent se voir interdire d'activité durant 90 jours. S'ils sont d'origine étrangère, les contrevenants pourront être détenus durant quinze jours avant d'être expulsés.

"La Russie est un pays orthodoxe et la famille constitue la base de notre société. Si nous ne protégeons pas cette dernière, nous ne pourrons pas résoudre nos problèmes démographiques", explique au Figaro Elena Mizoulina, présidente du comité de la famille, des femmes et des enfants à la Douma.

L'enjeu de la liberté d'expression
Mardi, devant le siège du Parlement, des militants orthodoxes scandaient: "La Russie n'est pas Sodome." Face à eux, des activistes de la cause gay s'embrassaient en guise de protestation (kiss-in). Une vingtaine d'entre eux ont été interpellés.
Le projet de loi relatif à la "défense des croyants" était apparu dans la foulée de l'affaire des Pussy Riots, deux jeunes filles condamnées à deux ans de prison pour avoir entonné une prière anti-Poutine dans la cathédrale moscovite du Christ Sauveur.
Pour sa part, le texte destiné à punir la propagande homosexuelle témoignerait, selon les sondages d'opinion, d'un fort regain de puritanisme au sein de la population. Selon l'institut Vtsiom, 88 % des Russes sont favorables à cette loi, feignant d'ignorer que leur grand poète, Pouchkine, est l'auteur d'écrits sur l'homosexualité qui feraient aujourd'hui scandale. 42 % des citoyens, soit la majorité, pensent également que de tels comportements devraient être punis, comme ils le furent à l'époque soviétique.
L'Association Human Rigths Watch a condamné dans cette loi une forme de "discrimination", en réponse à Vladimir Poutine qui, devant les dirigeants de l'Union européenne, il y a une semaine, vantait le caractère "très libéral" de la législation russe en la matière.
Les éditeurs de journaux, qui sont menacés d'une amende maximale de 1 million de roubles et de fermetures administratives temporaires, se demandent comment "gérer" cette loi. "Lorsqu'une pop-star suspecte d'orientation sexuelle non traditionnelle se produira sur scène, on ne sait pas s'il faudra parler d'elle et, le cas échéant, comment, s'inquiète le président de l'Union des journalistes, Pavel Goussev. Cela ne peut que conduire à restreindre la liberté d'expression."