2013-04-28

Ne pas parler de poésie en écrasant les fleurs sauvages

Le mystère de Grimouville s'affiche sur la Toile - Coutances
samedi 20 avril 2013
Depuis que les collages ont pris fin, une affichette menaçante est apparue sur le mur du cimetière.
Pendant quatre ans, un mystérieux inconnu a collé chaque semaine un chiffre sur le mur du cimetière. L'histoire a inspiré deux étudiants. Le résultat, un documentaire web, est prometteur.
D'un potin de village aux projecteurs nationaux : le hameau de Grimouville, 140 habitants, s'est fait un nom. L'histoire commence il y a plus de quatre ans. Chaque semaine, les habitants constatent à leur réveil qu'un chiffre a été collé sur le mur du cimetière de Regnéville-sur-Mer. Le décompte prend fin courant février, au nombre 207. L'intrigue aurait pu s'arrêter là. C'était sans compter Charles-Henry Groult et Romain Jeanticou, deux étudiants en journalisme à Paris.
Les grands-parents du premier habitent le village : "Ils m'en ont parlé au tout début. J'ai vite tout oublié", explique Charles-Henry. Ce n'est qu'au cours d'un exercice pour l'école que l'envie le prend d'enquêter sur ce fameux mystère. Leur vient alors l'idée d'un web-documentaire, un petit film interactif sur Internet mélangeant documents écrits, radio et vidéo. "À sujet original, on voulait une forme originale", résume Charles-Henry. L'internaute pourra ainsi traverser le village et parler aux habitants afin d'en savoir davantage sur ce mystère.
Face à face nocturne
Les deux amis décident de se rendre à Grimouville pour comprendre le mystère. Sans succès. "Les locaux ne savaient rien. Ni qui était le colleur, ni ses motivations. Ils nous affirmaient même que s'ils le connaissaient, ils le garderaient pour eux", s'amuse Charles-Henry.
Les deux étudiants se résolvent à passer une nuit devant le cimetière. "On flippait un peu. Passer la nuit dans une voiture, par 5 degrés, sans savoir à qui on aurait à faire... C'était vraiment glauque", continue Charles-Henri.
Ils parviennent finalement à surprendre le serial colleur, méfiant, qu'ils questionnent brièvement. Une confrontation que l'on pourra visionner dans le web-documentaire. Mais attention, ils ne révéleront pas l'identité de l'auteur : "Nous ne voulons pas l'épingler. Il faut garder une part de poésie", justifie l'étudiant.
Un financement citoyen
Reste alors à réaliser le web-documentaire intitulé Le Mystère de Grimouville. L'initiative séduit, remporte un concours national, mais le financement se fait attendre. "Les médias ne veulent pas mettre d'argent dans les web-docs. On est donc passé par une collecte citoyenne sur Internet. Et on a récolté plus de 3 500 € !", s'enthousiasme Charles-Henry.
Le rugbyman Imanol Harinordoquy, le comédien Antoine de Caunes ou la journaliste Anne-Sophie Lapix ont même contribué à populariser le projet. Ce dernier devrait être diffusé en septembre prochain.
Mais l'histoire a fait son lot de malheureux. Les habitants de Grimouville, comme Jacqueline, qui "s'ennuie un peu. On aimait bien se lever le matin et voir s'il y avait un nouveau numéro". Et le colleur lui-même, qui a cessé son activité peu après et en garde un goût apparemment amer.
En témoigne cette affiche menaçante, apparue il y a quelques jours sur le mur du cimetière et dont il pourrait être l'auteur : "Deux mercenaires ont réglé son compte à la liberté d'expression." Le point de départ d'une nouvelle enquête ?
Lucien Devôge