2017-10-31

Nombril et deux idées


Jean/Hans Arp
Nombril et deux idées
Navel and two ideas
1932
Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg (MAMCS)

2017-09-17

René

Valentine Hugo
Quatre portraits de René Crevel 
Sans date 
Dessins sur calque, mine de plomb ou crayon bleu. 4 feuilles in-4 (270 x 210 mm) 
http://www.sothebys.com/fr/auctions/ecatalogue/2017/livres-et-manuscrits-pf1703/lot.116.html

2017-07-17

Villa Noailles

















Villa Noailles
16-07-2017









2017-07-09

La France libre


2017-06-10

2017-03-11

Morgan James

2016-07-24

The Thirteenth Floor

The Thirteenth Floor (Passé virtuel), Josef Rusnak, 1999
Simulacron-3, Daniel F. Galouye, 1964

2016-07-22

Dear François

Dear François, Russia knows terror and the threat that it creates for all of us.

2016-07-16

Corydon et Pyramidon

LES NUITS DE WALPURGIS
Corydon et Pyramidon
par Maurice DEKOBRA
(Illustrations de Vertès)
III
Nous gravissons l’escalier du square Saint-Pierre, tandis qu'un filet de clarté lunaire coule sur la rampe inclinée. Les prunelles opalescentes d'un chat nous guettent dans un soupirail de cave. Voici la rue Berthe et la Petite Chaumière... Entrez Télémaque. Ecartez cette tenture et venez-vous asseoir dans ce coin. Il y a des travestis, mais le loup ne vous mangera pas.
- Quelles sont ces dames qui dansent au rythme saccadé du jazz ?
- Ces dames sont des jeunes hommes qui jusqu'à deux heures du matin porteront des vêtements de femmes pour la plus grande joie des dilettantes.
- Ce n'est pas possible !... Vous êtes sûr que cette jolie blonde enturbannée, décolletée, poudrée, maquillée, n'est,-point du sexe qu'honora George Sand? Que, cette brune capiteuse aux bras nus, vêtue de linon vert jade, n'est pas la petite-fille de Carmen ? J'ai peine, à le croire, cher Mentor!
- Et.pourtant,cela est... MM, Doris, Riva Siva, Colinette, Willy, Christian, Saint-Emond, et le célèbre Zigoui-goui ne firent pas leurs humanités au lycée de jeunes filles Jules-Ferry, qui dresse en face de l'Hippodrome ses austères murailles de briques. Votre erreur mon ami est d'ailleurs excusable, dans un siècle où les Femmes montrent avec orgueil des nuques tondues de condamnés à mort.
- Oh! Oh!. J'aperçois sur la banquette un petit livre blanc, fileté de noir et de rouge, marqué au, monogramme de la Nouvelle Revue Française... Par quel miracle cet in-16 s'est-il échappé de la rue de Grenelle, pour venir s'échouer sur le flanc de la Butte ?
- Demandez-le à M. André Gide, dont l'opuscule, édité en 1911 à douze exemplaires, a été réédité en 1924 à 5.000 exemplaires...
Son livre est une série de dialogues commentant la doctrine socratique et l'uranisme grec selon Lucien... Télémaque, reculez-vous un peu pour faire place à cette dame qui veut s'asseoir...
 - Encore un homme ?
- Non. Cette fois, c'est bien une femme... Une spectatrice attirée par cette mascarade équivoque...
- Est-ce que certaines femmes aiment les hommes en jupons ?
- Pascal a dit : Tous les goûts sont dans la nature.. Ou bien hors la nature.
Le jazz s'apaise. Les conversations vrombissent dans l'atmosphère enfumée, comme des abeilles invisibles. A notre droite, deux, Américaines braquant leur face-à-main vers l'entrée du lavabo, échangent, mezza-voce, des appréciations qui vibrent dans leurs narines étroites :
- Look at him !
- Too funny for words !
Cependant Télémaque feuillète le livre.
- En somme, le problème de l'inversion sexuelle a passionné les plus grands esprits, depuis Diodore de Sicile, Platon et Goethe jusqu'à Remy de Gourmont. Je crois même que l'auteur de Faust a dit :
« Le corps de l'homme est plus beau de beaucoup, et plus parfait, et plus accompli que le corps de la femme... »
A ces mots, notre voisine, se retourne et murmure en croquant une amande grillée :
- Ah! non... Les propos, du grand poète allemand sont répugnants !
- Vous avez raison Madame... Sur ce chapitre-là, tout le monde à d'ailleurs raison, parce qu'il n'y a que des cas particuliers et que la norme, voilà l'ennemie ! J'ai visité un jour à Berlin, l'Institut des Sciences Sexuelles (In den Zelten, n° 10) auquel préside le Dr Magnus Hirschfeld. Ce médecin a fait en Allemagne, par la parole et par le film, une propagande effrénée pour obtenir l'abolition du paragraphe 375 du Code, qui punit l'homosexualité. Pourquoi ? Parce que les adeptes de cette religion ne sont pas responsables de leur inversion. Ils sont victimes d'influences ancestrales remontant au temps où les humains étaient bisexués.
La petite dame en noir réfléchit et interroge :
Au dire de M. Gide le spectacle de ces jeunes gens travestis ne serait donc qu'une sorte de reconstitution historique ?
- Vous l'avez dit, Madame.., Les amours normales et anormales remontent à la plus haute antiquité, pour m'exprimer comme les magisters. Vous avez sans doute entendu parler de Montesquieu ? Quand il ne commentait pas l'esprit des lois, il narrait ses voyages en Italie et écrivait : « A Rome, les femmes ne montent pas sur le théâtre ; ce sont des castrati habillés en femmes... Il y avait, de mon temps, au théâtre, de Capranica, deux petits châtrés, Mariotti et Chiostra, habillés en femmes, qui étaient les plus belles créatures que j'aie vues de ma vie et qui auraient inspiré le goût de Gomorrhe aux gens qui ont le goût le moins dépravé à cet égard...
- Chimène, qui l'eut dit ! Rodrigue, qui l'eut cru ! s'écrie Télémaque en bayant aux corneilles.
Mais la petite dame en noir semble vivement intéressée par la prose de Montesquieu. Elle lit, le livre caché derrière le seau à champagne, tandis que nos voisins regardent un French cancan, exécuté selon les rites par.quatre messieurs parés des fanfreluches de rigueur. Télémaque se penche vers moi et chuchote :
- La petite dame en noir me plaît... Permettez- vous que je l'emmène et qu'elle partage, avec nous les hasards, de nos pérégrinations nocturnes ?
Mais déjà Télémaque m'a tourné le dos et discute avec la compagne de son choix, Et tandis que Mlle Charmes, le fin diseur, égrène ses strophes,dans le brouhaha des noctambules, j'entends à mon côté Télémaque et la petite dame en noir traiter le divin Homère de vieux pornographe parce que son immortelle Iliade a eu pour leitmotiv la coupable passion d'Achille pour Patrocle !
- Où allons-nous à présent ?
- Chez mon Beau-frère. Ce n'est pas très loin... A une porte de toboggan, sur l'autre versant de la Butte.
Télémaque bat des mains et me dit :
- Mentor, souffrez que je vous présente Mlle Hermine qui veut bien nous accompagner cette nuit.
La petite dame en noir me sourit en serrant dans sa senestre un étui à cigarettes de cristal de roche, semé d'émeraudes en quinconce. Nous pénétrons Chez mon Beau-frère. A la porte, des 5 HP dorment sous l'aile protectrice de quelques Hispanos hautaines. Autre décor. Même musique. Pas de travestis. Une assemblée d'hommes. Il y a trois femmes dans la salle. La caissière, une sylphide parée de jais et Mlle Hermine. Les messieurs dansent entre les tables, gravement, correctement, deux par deux, comme des jeunes filles bien élevées dans un cours de la rive gauche.
- C'est moins pittoresque, dit Hermine en allumant une Abdullah à son briquet minuscule, or et platine.
- C'est plus régulier, répond Télémaque. Et il ajoute à.mon oreille : « Vous savez que Mlle Hermine me plaît infiniment, avec son petit nez aristocratique et son foulard de cow-boy de l'Arizona... Pariez-vous cent sous que je l'embrasse sur la bouche ?
- Chut !.., Vous voulez vous faire remarquer, mon ami.
Les blues se succèdent. Les danseurs changent. de "dames" et recommencent. A ma droite, un jeune Scandinave tâche à se faire comprendre de ses interlocuteurs, un petit Anglais beau comme Antinoüs et un Argentin aux cils épais et drus. Ils font une macédoine de langues et parlent un français entrelardé d'anglais et truffé d'espagnol. Mlle Hermine vient de poser sa petite main, adornée d'une topaze et d'un solitaire étincelant, sur la manche de Télémaque qui frisonne. Elle nous déclare :
- Ça me rappelle un tout petit Kabarett berlinois, du côté de la Kautstrasse, à Charlottenburg, installé dans un sous-sol, derrière un garage et tenu par un ancien hauptmann des fusiliers de la Garde, mutilé de la guerre et héros méconnu des scandales d'Eulenburg, stigmatisés jadis par Maximilien Harden. Un soir, je m'y rendis, avec un Viennois de mes amis, pour assister à une messe rose chantée, ou plutôt beuglée. Le héros de la fête était le hauptmann A. D. À minuit précis, on éteignit les lumières. Quand on les ralluma, nous vîmes au milieu de la petite salle, un hercule prognathe aux cheveux bouclés, debout sous le lustre de pur style munichois, couronné de feuilles de lierre et vêtu d'un surplis de gaze pourpre. Il déclama en allemand des vers déliquescents. Au signal donné par le maître de céans, nous nous mîmes à bombarder son surplis de gaze avec des espèces de teignes qui s'accrochaient aux plis de l'étoffe... Cinq minutes durant, le Saint-Sébastien de Charlottenburg demeura exposé à nos tirs convergents. Quand il eut pris l'aspect d'un hérisson, il laissa tomber son vêtement et l'hauptmann cria : Encore ! Les teignes, tombèrent de nouveau, le pianiste exécutait avec virtuosité le Carnaval de Schumann... Tout à coup, le manager du Kabarett parut avec un fouet de roulier et se plut à frapper sauvagement l'hercule qui ne protestait pas. Des spectateurs manifestèrent. On cassa des verres. Je crus bon de filer avec mon ami avant l'arrivée. de la police verte. Vous ne prétendez plus qu'on ne sait pas s'amuser à Berlin.. Une allumette, s'il vous plaît... Merci... Dites moi, mes amis, ce jazz m'agace et ces gentlemen qui dansent si tristement m'ennuient... Où allons-nous ?
 -Il est une heure, Mlle Hermine...Le cortège va défiler au Bal de l'Internat. Voulez-vous voir cela?
- Oui ! Oui ! Je n'ai jamais contemplé de carabins en goguette.. Partons !
Luna-Park... Toute l'avenue de la Grande-Armée est en rumeur.. Des groupes passent, aux coiffures hétéroclites, aux jambes nues, sous les pardessus... La police fait la haie. Nous voici dans l'immense hall où Bicêtre, Tenon, Boucicault, Broca, Saint-Antoine, tiennent leurs assises de carton peint. Des grappes humaines, kaléidoscope vivant, s'agglutinent le long de la galerie du premier étage... En bas la foule des travestis s'entrecroise, danse, virevolte et s'ébroue. Le nu sera bientôt de rigueur. Voici déjà deux femmes, comme Eve avant le péché, qui se promènent au bras d'un tambour-major portant pour foute parure son tambour et ses deux baguettes.
Télémaque vient de rencontrer dans la cohue du premier étage la belle Lady W..., qui a déserté les sévères ombrages de Regent's Park pour assister aux manifestations les plus éclectiques de la vie parisienne. Elle nous hèle cordialement. Présentations. Champagne. Télémaque me confie Lady W... afin de se consacrer tout entier à Hermine.
En place pour le défilé ! Le premier char sera la greffe de Voronoff. On hisse une femme sur le char. Elle est pudiquement vêtue d'un demi-mètre de tarlatane.
La tarlatane rose s'effiloche entre les doigts péremptoires des manifestants. La femme en a pris son parti. Ce soir, les décrets-lois du roi Pausole sont appliqués.sur le territoire de Luna-Park. Musique. Voronoff passe. Voici maintenant l'Opium. Un guerrier chinois montre aux Occidentaux une créole, au corps cuivré. Puis les Vermifuges, des Enfants malades... "De beaux grenadiers et des nonnes agiles, dit le programme, repoussent les Ascaris et écrasent leurs oeufs. Grâce à la courge, les petites filles sont libérées de tout souci..."
Les bravos crépitent... La Charité s'avance avec son cortège nuptial...
La fête continue... Lady W... se retire. Elle sera bientôt rentrée à Londres. J'espère bien qu'elle ne racontera pas dans les salons de Mayfair que tous les bals à Paris ressemblent au Bal de l'Internat et que les Français n'aiment que dans le costume d'Adam !
Télémaque accourt vers moi éploré !
- Hermine à disparu !... Je l'ai suivie jusqu'à la porte. Je l'ai vue monter dans une Rolls bleu paon, pilotée par un chauffeur nègre. Elle m'a fait un petit adieu de la main... Et, je n'ai pas son adresse... Quel dommage !
L'orgie continue. Une petite rousse au nez rougi, parée de deux coupoles de coton hydrophile sur les seins, s'élance plus légère qu'Artemis poursuivie par trois carabins armés de clystères. Les clystères passent ; la petite rousse reste. Elle s'assied sans façons sur le bord de ma table. Nous causons. Elle tapote ses narines avec le revers de sa main et me demande, confidentielle :
- T'en as ?
- De quoi donc ?
J'ai deviné son désir, mais veux la faire parler. Elle précise :
- T'as de la bigornette ?
- Je ne vends pas de coquillages.
- Fais pas la bête. Je parie que t'as de la neige plein tes poches ! T'as vu dans les Journaux, l'affaire de la Comédie-Française... Ils parlent tous de l'aventure de M. Roger Gaillard... Paraît que les argonsins ont déniché dans sa commode une pincée de poudre... On a même dit qu'il aurait été dénoncé par une fervente qui cachait la sienne dans son coffre-fort, entre ses bons de la Défense et ses Royal Dutch... Mince de cachette ! Si j'étais actionnaire de la Royal, j'aurais une soupière de coco en permanence dans mon buffet... Sans blague, tu ne sais pas où je pourrais en trouver ici ?
- Hélas non !
- Ecoutez, soyez gentils, déposez-moi en taxi du côté de la Place Blanche, je me débrouillerai.
- Comment vous appelez-vous Mademoiselle ?
- Je m'appelle Fifine... pour Joséphine et je me suis fait f... à la porte y a quatre ans pour incomptabilité d'humeur avec la môme qui s'habillait dans ma loge. Un soir que j'étais nerveuse, je lui ai cassé un quart-soda sur la tête... Mais ça c'est de l'histoire ancienne.
- Alors Mlle Fifine, nous allons vous accompagner pour voir comment vous vous procurerez la néfaste drogue...
Nous voici en voiture, avec Mlle Fifine, cette petite rousse arbore sans malice un nez, joli de marquisette sur une grande bouche de campagnarde réjouie. Nous partons en quête du Graal, d'un graal rempli d'une poudre qui grignote le nez des humains et ronge leur cerveau comme un ver blanc...
Maurice DEKOBRA
La semaine prochaine : SA MAJESTE LA COCO, par Maurice DEKOBRA

Cyrano : satirique hebdomadaire, 2 novembre 1924
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61091366/f6.highres